Infiltration sous une toiture en tuiles : les points faibles des immeubles lyonnais
Vue des pentes de Fourvière ou de la Croix-Rousse, Lyon est une mer de tuiles rouges. Ces couvertures protègent les derniers étages, mais quelques points faibles suffisent à laisser passer l’eau, parfois loin de l’endroit où elle réapparaît. Tuiles glissées, chéneaux, solins, rives : voici où chercher et comment agir.
Humidité
Sur une toiture en tuiles, l’eau ne traverse pas une tuile saine : elle passe là où le recouvrement n’est plus assuré. Les entrées d’eau se situent aux tuiles glissées ou cassées, aux faîtages et aux rives dont le mortier s’est dégradé, aux solins des souches de cheminée, aux raccords des fenêtres de toit et aux chéneaux ou gouttières qui débordent. L’eau suit ensuite les liteaux et la charpente avant de marquer un plafond, parfois à plusieurs mètres de son point d’entrée. Une recherche méthodique, des combles vers la couverture, localise la cause et évite de refaire un toit entier pour un défaut ponctuel. Il faut aussi écarter la condensation, qui produit des traces voisines sans lien avec la pluie.
Comment sont couverts les immeubles lyonnais
Dans le Rhône, la tuile creuse en terre cuite, dite tuile canal ou tige de botte, a couvert les toits pendant des siècles. Elle se pose en deux rangs alternés : les tuiles de courant, arrondi vers le bas, recueillent l’eau, et les tuiles de couvert, arrondi vers le haut, recouvrent les joints. L’unité départementale de l’architecture et du patrimoine du Rhône indique pour elle une pente de 28 à 35 %, ce qui donne ces toitures peu inclinées caractéristiques des quartiers anciens.
À partir de la seconde moitié du XIXe siècle sont apparues les tuiles à emboîtement, puis, vers 1950, les tuiles romanes industrielles, posées sur des pentes un peu plus fortes. Les faîtages et les rives sont traditionnellement scellés au mortier de chaux. Sur un immeuble, la couverture s’achève en bas de pente par une gouttière pendante ou par un chéneau caché derrière la corniche.
Tuiles glissées, cassées ou fatiguées
La tuile creuse tient d’abord par son poids et par le recouvrement. Avec le temps, une tuile de couvert peut glisser, laissant un vide par lequel l’eau atteint le support. Une tuile fendue par le gel, par la grêle ou par le passage d’un intervenant crée une entrée d’eau directe. Les mousses et les débris accumulés dans les tuiles de courant freinent l’écoulement et font refouler l’eau sous les recouvrements lors des fortes pluies.
Sur les toitures anciennes, il n’existe pas toujours d’écran sous les tuiles. La moindre tuile déplacée laisse alors l’eau tomber sur les liteaux, les voliges ou l’isolant. Une vérification régulière de la couverture, surtout après un épisode de vent ou de grêle, permet de remettre en place les éléments avant que l’eau n’atteigne les plafonds.
Gouttières, chéneaux et descentes
Le bas de la couverture concentre toute l’eau du pan. Une gouttière ou un chéneau encombré de feuilles déborde à chaque orage, et l’eau passe derrière la corniche, mouille le haut de la façade ou entre dans les combles. Un chéneau percé par la corrosion fuit directement vers l’intérieur.
Les traces typiques sont des taches en haut des murs du dernier étage, sous la corniche, ou une bande humide au plafond le long de la façade. Les descentes d’eaux pluviales doivent aussi être contrôlées : un coude bouché ou un raccord disjoint inonde un mur sur toute sa hauteur. L’unité départementale de l’architecture et du patrimoine recommande en milieu urbain des gouttières pendantes en zinc, correctement dimensionnées pour la surface du pan.

Un chéneau encombré déborde et renvoie l’eau vers la corniche et les combles.
Faîtages, rives, souches et fenêtres de toit
Les faîtages et les rives scellés au mortier se fissurent avec les années. Quand le scellement se détache, les tuiles bougent et l’eau s’infiltre en tête de pente ou en bordure de toit. Les souches de cheminée traversent la couverture : leur raccord par un solin ou une bande de plomb se décolle, l’enduit de la souche se fissure, et l’eau descend le long du conduit. Elle peut ressortir plusieurs étages plus bas, autour d’un ancien conduit.
Les fenêtres de toit ajoutées lors de l’aménagement de combles sont un autre point sensible. Sur une pente faible en tuiles creuses, leur raccord exige des accessoires adaptés et une pose soignée. Les noues, angles rentrants où deux pans se rejoignent, reçoivent beaucoup d’eau et supportent mal un défaut de pente ou un engorgement.
Infiltration ou condensation sous la toiture
Une infiltration se manifeste par une auréole au plafond ou en haut d’un mur, une peinture qui cloque, un plâtre qui se décolle, parfois des gouttes pendant l’averse. Dans les combles, on repère des coulures sur la charpente, du bois noirci, des voliges ou un isolant mouillés. Une tache qui réapparaît après la pluie et sèche ensuite signe une entrée d’eau active.
La condensation trompe facilement. Sous une couverture peu ventilée, la vapeur du logement traverse le plafond, se condense sous les tuiles froides en hiver et retombe sur l’isolant. Les traces apparaissent alors par temps froid et sec, sur de grandes surfaces, avec une humidité élevée dans le logement. Une auréole sèche aux contours nets peut aussi être la trace d’une fuite ancienne déjà réparée : la mesure de l’humidité dans le matériau fait la différence.
Remonter jusqu’à l’entrée d’eau
L’eau qui passe sous les tuiles glisse sur les liteaux et la charpente en suivant la pente. La recherche commence donc dans les combles, en remontant les coulures depuis la zone touchée. Elle se poursuit sur la toiture, en inspectant les tuiles, les scellements et les raccords situés en amont, avec un équipement de sécurité adapté.
Un arrosage contrôlé, pan par pan et en commençant par le bas, peut confirmer l’origine. La caméra thermique aide à cartographier les zones humides des plafonds. Cette démarche évite de financer une réfection complète quand une rive, un solin ou quelques tuiles suffisent à expliquer l’infiltration.

Une auréole au plafond sous les toits signale une entrée d’eau à rechercher en amont.
Réparer dans les règles et à la bonne charge
Selon la cause, il faut remettre en place ou remplacer des tuiles, refaire un faîtage ou une rive au mortier de chaux, reprendre un solin, nettoyer et réparer un chéneau, reprendre le raccord d’une fenêtre de toit. Les services du patrimoine recommandent de réemployer les tuiles creuses anciennes en bon état, en tuiles de couvert. Quand la couverture est usée sur de grandes surfaces, une réfection complète devient nécessaire.
Dans le site patrimonial remarquable et aux abords des monuments historiques, les travaux qui modifient l’aspect de la toiture sont soumis à l’accord de l’architecte des bâtiments de France. La toiture, les chéneaux et les souches sont des parties communes : leur réparation incombe au syndicat des copropriétaires, tandis que l’indemnisation des dommages dans les logements suit les contrats d’assurance et la convention entre assureurs. Une fenêtre de toit posée par un copropriétaire peut rester sous sa responsabilité selon l’autorisation obtenue.
Acheter sous les toits et entretenir
Avant d’acheter au dernier étage, examinez les plafonds et le haut des murs, demandez la date de la dernière intervention sur la couverture et lisez les procès verbaux d’assemblée générale. Des infiltrations répétées ou une réfection de toiture votée pèsent sur votre budget. Le bilan avant achat comprend l’examen des combles quand ils sont accessibles.
Côté copropriété, un nettoyage annuel des chéneaux et un contrôle des points singuliers par un couvreur réduisent nettement le risque. Les occupants du dernier étage ont intérêt à jeter un œil à leurs plafonds après chaque orage violent et à signaler sans attendre toute trace nouvelle au syndic, photos datées à l’appui. Si une tache apparaît déjà, l’expertise humidité distingue infiltration et condensation, localise l’origine et fournit une base solide pour le dialogue avec le syndic et les assureurs.
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Questions fréquentes
Une tuile creuse peut elle laisser passer l’eau ?
Une tuile saine non. L’eau passe par les tuiles glissées ou fendues, les scellements dégradés et les raccords autour des ouvrages.
Qui paie la réparation de la toiture en copropriété ?
La couverture est une partie commune : sa réparation relève du syndicat des copropriétaires.
Comment distinguer infiltration et condensation sous un toit ?
L’infiltration suit la pluie et reste localisée. La condensation apparaît par temps froid et sec, sur de grandes surfaces.
Faut il refaire toute la toiture après une infiltration ?
Pas forcément. Une recherche méthodique permet dans bien des cas de réparer seulement le point défaillant, à condition d’avoir vérifié l’état général de la couverture.
Les travaux de toiture demandent ils une autorisation à Lyon ?
Ils relèvent des règles d’urbanisme et, dans les secteurs protégés, de l’accord de l’architecte des bâtiments de France.
Une ancienne tache au plafond signifie t elle une fuite active ?
Pas nécessairement. La mesure de l’humidité dans le matériau indique si l’eau arrive encore.
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Sources
- UDAP du Rhône, fiche conseil sur les couvertures dans le Rhône
- Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété, Légifrance
- Convention IRSI, France Assureurs
- Code du patrimoine, travaux en site patrimonial remarquable, Légifrance




